ECOLO
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Même pas mal… ou presque !

Un budget 2014 indolore… pour six mois encore (intervention de Muriel Hanot au conseil communal de La Louvière du 16 décembre 2013)

Les discours catastrophiques de ces derniers mois (qu’ils aient été portés sous la casquette du président de l’Union des villes ou sous celle du bourgmestre) laissaient présager du pire pour le budget 2014. Ici comme ailleurs, cela allait saigner. La crise, le chômage, la disparition d’entreprises, les charges, les missions, le sous-financement croissants…

Et puis tombe le budget de la ville : pas un cri, pas une plainte… La continuité dans un contexte difficile. Rien ne change ou presque.

Même pas mal quoi !

Après tout, les prévisions à l’impôt des personnes physiques et au précompte immobilier sont bonnes (+730.000 euros pour les deux), le Fonds des communes apporte lui aussi 798.000 euros de plus. Et le gouvernement wallon laisse la porte d’un financement ouverte aux communes impactées par les fermetures d’entreprise…

On vous le disait : même pas mal.

Car, c’est vrai, où se situe le problème ?

On donne 1 million d’euros en plus au cpas (12 millions et demi en tout) pour amortir le crash social des mesures antichômeurs décrétées par le gouvernement fédéral.

Toujours pas mal.

La contribution pension (ONSSAPL) augmente. On compense par l’utilisation de la provision ad hoc et au passage on reprend la provision ONSSAPL de la police vu qu’on a en déjà une à la ville, ce qui permet de faire baisser d’autant la dotation police.

Toujours pas mal.

En personnel, on maintient ce qu’il faut de nomination, de plan d’embauche (réduit), d’indexation, de chèques repas… et on gèle les dépenses de personnel qui ne seront pas engagées en cours d’année, pour maladie par exemple.

Toujours pas mal.

On enregistre une perte de la taxe industrielle compensatoire et de la taxe sur la force motrice pour un montant cumulé de 350.000 euros. On perd des dividendes de participation dans les intercommunales d’électricité et de gaz équivalant à un peu plus de 900.000 euros. On voit nos intérêts créditeurs diminuer de 100.000 euros (on a moins de réserves).

Toujours pas mal.

Pas mal ? Presque pas mal. Un peu quand même.

Les dépenses de fonctionnement sont cadenassées, cette fois c’est juré craché. On prévoit quand même un petit bas de laine en cas de dépassement. Les investissements enfin prévus dans les écoles n’ont pas fait l’objet d’une analyse qui intégrerait leurs implications financières sur le budget ordinaire.

Presque pas mal.

La contribution des habitants se fera plus importante. Les taxe et redevances seront plus élevées (tout compris on atteint plus de 500.000 euros). Certaines de ces taxes auront un impact social certain (je pense aux associations, je pense aux parents qui mettent leurs enfants en garderie, je pense aux locataires dont le loyer sera peut-être impacté par les augmentations de taxe que le collège apporte aux petits meublés).

Presque pas mal.

Les réparations ponctuelles de voiries seront beaucoup plus… ponctuelles. Pour un montant diminué de 100.000 euros. Le garage de la ville passera définitivement au privé… Pour une économie… Oups, ah non une augmentation…

Presque pas mal.

Le contentieux juridique augmente inexorablement. Sur le sujet, en matière de personnel, le crac a relevé 19 cas pendants pour la ville pour un risque total de 7.316.000 euros dans les années à venir.

Presque pas mal.

Les provisions diminuent de 470.000 euros alors que les dépenses effectives pour lesquelles elles ont été créées s’élèvent à 1 million d’euros dans le budget.

Presque pas mal.

Et puis il y a les chiffres, implacables, qui montrent qu’entre 2012 (les comptes) et le budget 2014 dont l’on discute aujourd’hui, il y a 20 millions de différence (25 en recettes, 21 en dépenses). A l’ordinaire! A l’extraordinaire les montants sont divisés de moitié entre le budget 2013 et le budget 2014.

Et puis, il y a l’analyse du crac, cette analyse destinée à aider le collège non seulement à poser de manière réaliste les axes budgétaires du programme stratégique transversal mais aussi à définir les pistes d’économie possibles dans un contexte devenu difficile. Une analyse dont les résultats sont - pour qui s’intéresse à la gestion et aux finances - sans pitié : le crac pointe des documents stratégiques manquants, une absence de cohérence, de rationalisation et d’objectivation dans la gestion. La conclusion de son analyse laisse pantois : il demande à la ville (et ses entités consolidées, cpas, police et asbl) d’une part de pouvoir identifier les coûts nets par services et d’autre part de repenser ses missions en termes de priorité!

On peut penser tout le mal que l’on veut de l’instance de contrôle des finances communales, mais se faire tirer le portrait de cette manière est effrayant. On est quand même dans la cinquième ville de Wallonie, pas dans la petite commune d’Outsiplou les berdouilles. On est sous tutelle depuis tant d’années qu’on ne compte plus, et la majorité nous ressasse à chaque budget qui passe que tout est sous contrôle. L’ajout de la composante MR n’y a d’ailleurs rien changé. L’an dernier encore, tout allait bien. Lors de l’adoption des comptes, il y a un ou deux mois, tout allait bien aussi.

Le constat du crac est tel que la ville intègre au moins une de ses recommandations, celle de se doter d’une cellule de monitoring financier chargée du suivi de l’analyse et de l’aide à la décision…

Bref, ce budget « même pas mal… ou presque » est un budget minimum, un budget qui sauve la face, un budget dans lequel les efforts de gestion que l’on nous vend depuis des années n’ont pas été réalisés et dont visiblement la majorité espère qu’ils pourront cette fois permettre de tenir la barre un certain temps. Un certain temps ? Six mois au moins. Le temps que passent les élections. Après, c’est sûr on réécrira l’histoire, celle de ces dépenses que l’on n’aura pas vu venir, des recettes que l’on aura perdues, de ce gouvernement fédéral – l’ancien, le nouveau – qui aura poussé la ville à la faillite… On parlera de mesures difficiles, de choix responsables, de réalité sociale inéluctable. On requerra la patience, le retour à une conjoncture économique plus favorable. On pleurera un peu aussi sans doute. Syndrome du Calimero.

En fait, on peut déjà pleurer. Car cette histoire, elle est déjà écrite, entre les lignes de ce budget indolore juste pour six mois encore.

Muriel Hanot
Chef de groupe

Avec vous !
Ecolo La Louvière à vos côtés
Actu ECOLO
Remonter en haut de la page