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La Louvière à la une - Septembre 2011

Novoboch et Royal Boch : chronique d'une mise à mort annoncée

Alors que la Ville s’apprête à racheter à De Maeyer la manufacture Boch afin d’en intégrer le terrain au projet de construction du futur complexe commercial de Wilhelm & Co, Ecolo a choisi de publier dans La Louvière à la Une le point de vue sans appel d’un témoin des derniers soubresauts de cette riche industrie louviéroise dont les vestiges disparaîtront bientôt du paysage en quelques coups de grue bien sentis. Parce que la mémoire des décideurs politiques friands d’effets d’annonce et de cris d’amour pour leurs industries est souvent trop courte, quand les blessures sociales, elles, restent longtemps à vif…

Il y a peu, Antenne Centre revenait sur la saga de cette entreprise historique qui à la date de sa première mise en liquidation, en 1982, s’appelait encore KERAMIS BOCH FRERES et occupait quelques 1.100 personnes, dont 450 femmes. Une saga marquée, de reprises en faillites, par la perte de nombreux emplois et l’abandon d’un réel savoir-faire traditionnel.

Créée sur les cendres de KERAMIS BOCH FRERES avec un capital de 450 millions de francs belges, détenu alors à 99.99% par le gouvernement wallon, survécut d’abord l’activité sanitaire, fermée en 2008... sous le nom de NOVOBOCH. Le gouvernement wallon l’avait cédée au groupe hollandais SPHINX, lequel mettra la clé sous le paillasson en laissant sur le carreau plus de 400 ouvriers, employés et cadres, nonobstant l’injection, par la Région wallonne de plus de 900.000 francs belges supplémentaires !
Il y eut aussi l’activité vaisselle de renom, qui, alors que la Ville dessinait les premiers plans de rénovation du « quartier Boch » dut se mettre à la recherche pour la énième fois d’un repreneur… C’est ainsi que de mise en faillite en reprise par le privé –à chaque fois avec la bienveillante intervention financière de la Région wallonne –, un Monsieur aux imposantes moustaches débarquait un jour de 2009 à La Louvière, pour se poser en sauveur de la vaisselle et des travailleurs. Des travailleurs au nombre desquels une imposante majorité de femmes qui s’étaient battues désespérément, occupant jour et nuit leur entreprise.

Comme Bernard Tapie, dans le passé à Couvin, le sauveur y était allé d’une grande déclaration d’amour envers le personnel et notre région ! La lune de miel fut de courte durée. Les intentions du personnage n’avaient, de fait, rien à voir avec la reprise de la production de la vaisselle.
Alors que l’on apprenait que la marque « ROYAL BOCH », propriété de la Région wallonne, était cédée au sieur De Maeyer pour la somme de 150.000€, les travailleurs, en présence de leur avocate, censée les représenter et les défendre, acceptaient de conditionner leur contrat de travail à la signature d’une renonciation à la créance à laquelle chaque travailleur était pourtant en droit de prétendre. Un sacrifice de taille. Un sacrifice cher payé, que les syndicats tentent aujourd’hui - un peu tard- de récupérer.
La suite n’est que désillusion. Aucun investissement n’est réalisé. Le personnel, aux rares moments où il peut se rendre au travail, se retrouve dans des conditions dignes de Zola ! Comme lors de cet hiver précoce et rigoureux pendant lequel il accepte –héroïquement– de travailler sans chauffage alors qu’il eut suffi d’un passage de l’inspection du travail pour faire cesser le travail immédiatement.
Les stocks sont vendus. De production, il n’en est pas question. Les travailleurs, privés de salaire, sont contraints, la mort dans l’âme, de demander eux-mêmes la mise en faillite de leur entreprise pour pouvoir être indemnisés par l’Onem, non sans avoir manifesté tant auprès la Région wallonne, de la ville de La Louvière que du tribunal de Commerce, pour attirer l’attention sur cet employeur qui refuse la mise en faillite pour éviter le paiement des indemnités légales. Sans attendre la décision du tribunal de commerce, les bulldozers –envoyés par qui et avec l’autorisation de qui ?- s’empressent alors de raser l’usine et avec elle tout espoir de reprise… La vraie question est : qui voulait vraiment que cela continue ? Depuis de très nombreuses années, il tardait au pouvoir politique dominant dans notre région de faire disparaitre ce que bon nombre d’entre eux qualifiaient de chancre au milieu de la ville, qui plus est dans un quartier dans lequel se côtoieraient demain centre commercial de prestige , hôtel et appartements de standing ! Pousser un cri d’amour pour que l’on nous rende la marque Royal Boch relevait ainsi sans conteste soit d’une coupable amnésie, soit d’une condamnable hypocrisie ! Nous rendre ce que l’on avait vendu hier sans état d’âme ? En échange de quoi ? Pour en faire quoi ? Un objet de musée ? Alors que les travailleurs, les travailleuses qui ont encore tout leur savoir-faire dans les mains sont abandonnés à leur triste sort ?

La Région wallonne n’est, elle aussi, pas à absoudre de toute faute, loin de là. En effet, quels critères ont été pris en compte pour, une fois de plus intervenir financièrement dans l’activité mort-née ? De quelles raisons le ministre de l’Economie justifie-t-il pour offrir la marque Royal-Boch à M. De Maeyer ? Faut-il rappeler que depuis le début du détricotage de l’activité industrielle dans notre région, milieu des années 70’, la Région a régulièrement injecté des capitaux significatifs dans les entreprises en difficulté. Devenant ainsi actionnaire, elle a désigné des administrateurs publics censés veiller à la bonne gestion. Ceux-ci étaient bien sûr sélectionnés sur base de leur appartenance aux familles politiques au pouvoir, s’ils étaient compétents, c’était un heureux hasard… Qu’ont-ils fait pour soutenir les travailleurs, contrôler l’activité, veiller à la bonne utilisation des fonds publics ?

Une conclusion s’impose, dont on n’a pas encore jusqu’ici pris la mesure : les responsabilités dans ce désastre économique ne sont pas uniquement à rechercher du côté des « investisseurs » privés, mais aussi sans aucun doute chez les politiques.
Novoboch et Royal Boch, ne sont qu’un exemple de la gabegie. La liste est loin d’être exhaustive… Et le pire c’est qu’il est permis de douter que ce Xième désastre serve de leçon à nos « responsables politiques », particulièrement discrets sur ce sujet depuis ce « cri d’amour » lancé un matin sur les ondes de Vivacité !

François Licata

Voir aussi :

Ecolo se prononce pour une relance d’une activité de type artisanal, avec ou sans la marque parce que « les travailleurs incarnent un savoir-faire » :

Muriel Hanot au conseil communal de La Louvière du 31/01/2011


Question parlementaire d'Olivier St Amand


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